Scène inédite de Jéricho Z. Barrons des "Chroniques de MacKayla Lane"

Publié le par Littérature Fantastique

Scène inédite de Jéricho Z. Barrons des "Chroniques de MacKayla Lane" 

 

Traduit par Cralana

 

(Merci de ne pas recopier ce texte mais de faire partager le lien du blog^^)

 

   

Vous croyez vouloir ceci. Vous pensez qu’obtenir des mots de sexe de ma part vous apportera la délivrance dont vous avez faim depuis le jour où vous avez réalisé qu’en dépit de toutes les mauvaises choses à mon sujet, vous me laisserez vous acculer contre un mur dans une allée sombre, vous me laisserez vous baiser si brutalement que vous vous briserez, vous me laisserez vous lâcher comme un vulgaire sac de pommes de terre, vous me le laisserez vous abandonner allongée là sans aucun mot alors que je m’effacerai au loin, disparaissant dans les ténèbres, ma seconde nature. Vous pensez que ce sera suffisant pour connaitre ce que ce serait que d’être touchée, avalée, remplie par moi, être traitée comme celle que je ne tuerai pas, un privilège que je réserve à fort peu de personnes. Vous pensez que lorsque vous serez vieille et proche de la mort, le souvenir qui vous fera sourire et sentir exceptionnelle sera du sexe que vous avez eu avec moi dans une allée sombre: que malgré vos nombreuses lâchetés, vous avez une fois dansé sur un fil élevé au-dessus du Grand Canion, c’était l’extase, vous avez survécu, et à ces moments-là vous vous sentiez réellement vivante.

 

Vous voulez du sexe selon mon point de vue parce que vous croyez que vous obtiendrez des réponses et vous vous êtes déjà fait une idée de ce qu’elles seront. Attention: chaque fois que vous posez une question vous prenez des risques, vous devez vous attendre à plusieurs réponses possibles. Les gens ne s’y préparent jamais. Rappelez-vous ce que je vous ai dit à propos des mots. Ce sont les actions qui parlent. Les mots n’ont pas de valeur. Vous pensez découvrir en moi une fibre de vulnérabilité, un éclair de sensibilité que vous seule apercevez parce que vous êtes spéciale, alors vous pouvez crier « Regardez, le passé tortueux de Barrons à fait de lui un monstre seulement parce qu’il a trop souffert. C’est compréhensible qu’il ne vive en accord avec aucune loi mais la sienne - une loi violente, gorgée de sang, sans morale - mais le pouvoir curatif de mon amour va lui restituer son humanité détruite ! ».

 

Restituer signifie rendre quelque chose qui avait été volé. On ne m’a rien pris. Faite de cette réponse ce que vous voudrez. Et sachez que (allez en enfer Mme Moning) Barrons n’est pas mon vrai nom. Mais vous allez continuer de m’appeler ainsi. Pour le moment.

 

Vous vous accrochez à simple huit mots que j’ai une fois prononcé «  C’est toi qui me quittes ma poupée arc-en-ciel ». Vous leur insufflez tellement de sens, une telle promesse de potentiel. Rappelez-vous ce que j’ai dit à Fio. Les femmes ont répété la même erreur depuis la naissance des temps: s’amouracher du potentiel d’un homme. Nous le voyons rarement de la même manière, et plus encore il est rare que nous cherchions à l’atteindre.

 

Vous leur avez promis du sexe selon mon point de vue. Devrais-je vous tuer maintenant ou poursuivre et vous faire souffrir ? Vous détenez une chose que je ne peux contrôler. Je vous méprise pour cela mais nous sommes en quelques sortes parvenus à une trêve. Je coopérerai. En partie. Pour l’instant.

 

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- Qui est-ce ?

 

Deux heures du matin. Heure à laquelle les humains dorment. Sa voix aux inflexions du sud est endormie, douce et jeune au travers de la porte. Foutrement jeune. Innocente. Dans mon zoo, Mackayla Lane est une exotique.

- Jéricho Barrons.

- Que voulez-vous ?

 

Toutes traces de sommeil a disparu de sa voix. Elle ne pouvait sembler plus éveillée que si elle aurait roulé sur le ventre sur un serpent à sonnette dans son lit.

Je ris en silence, un rire dépourvu d’humour. Plus qu’elle ne peut en supporter.

- Il faut que nous parlions, vous et moi. Vous cherchez des informations sur…un certain objet, et de mon côté, je veux comprendre ce que vous savez exactement.

- Je vous attendais plus tôt, monsieur Barrons. Vous me décevez…

 

Le sarcasme n’arrive pas à dissimuler la peur dans sa voix. Je choisis mes prochains mots avec soin. Je veux qu’elle ouvre la porte d’elle-même, qu’elle m’invite. Cette courtoisie a une signification pour moi.

- Je n’ai pas l’habitude de quémander. Ni celle de marchander avec une femme.

 

Elle reste silencieuse pendant un moment, appréciant ma réponse, qui la place dans la catégorie des femmes avec lesquelles j’ai envie de marchander. Cela lui donne l’impression qu’elle a un minimum de contrôle sur la situation. Comme si j’étais une « situation ». Ce qui se tient debout au pas de sa porte est un putain de cataclysme. Des mots. Pourquoi réclament-ils toujours des mots ? Pourquoi les croient-ils toujours ?

 

- Alors vous allez devoir changer vos habitudes, mon vieux, parce que je n’obéis pas aux ordres. Et je ne donne rien gratuitement.

 

Elle m’a appelé « mon vieux ».

Je devrais la tuer rien que pour ça avant d’avoir fini de la questionner.

- Avez-vous l’intention d’ouvrir cette porte, mademoiselle Lane, ou vais-je devoir rester dans ce couloir où n’importe qui peut m’entendre, pour discuter avec vous ?

 

La formalité me fait paraitre à ses yeux plus vieux que je ne le suis, moins dangereux. J’userai de tous les artifices pour entrer.

 

- Qui me dit que vous voulez vraiment échanger des informations ?

- Moi.

- Vous me promettez de répondre en premier à mes questions ?

- Parole d’honneur.

Si naïve.

 

- Nous pouvons parler de chaque côté de la porte.

 

Dans ses rêves. Ma queue n’est pas aussi longue. Je suis venu ici pour deux choses. Je ne partirai pas sans.

- Non.

- Pourquoi ?

- J’ai besoin d’un minimum de discrétion, mademoiselle Lane. Cette condition n’est pas négociable.

- Mais je…

- J’ai dit non.

- Comment m’avez- vous retrouvée ?

 

Grincement de sommier. Le bruit d’un jean en train d’être enfilé.

- Vous avez loué les services d’un chauffeur rétribué à la course pour vous conduire de mon établissement jusqu’ici.

- Chez moi, on appelle ça un taxi et une boutique.

 

Serait-ce une légère pique ? Aurait-on du cran derrière cette frivolité?

- Chez moi, on appelle ça avoir de l’éducation, mademoiselle Lane. Vous en avez donc si peu?

- Vous pouvez parler, ronchonna-t-elle. Ce n’est pas de ma faute. Quand on me menace cela fait ressortir le pire en moi.

 

Elle ouvre la porte. Elle jette un coup d’œil au dehors. Une pauvre chaine bloque l’ouverture complète de la porte. Je pourrais la casser en un clin d’œil.

Merde, pensai-je. Juste ça. Une multitude de différents merdiers, rassemblés en un seul et même bloc. Je suis dans la merde si je veux cette…cette idiote tout juste née. Et elle est dans la merde si je la prends. Et merde si je dois m’en aller. L’avoir laissé quitter ma boutique était déjà de trop. J’aurais dû tuer le chauffeur de taxi. Prendre ce que je voulais ensuite. L’innocente. La douce. Celle aux senteurs exquises. Aux lèvres gonflées. L’enchevêtrement de ses cheveux invitant le poing. Je les vois se répandre sur son dos, effleurant les courbes de ses fesses. Moi sous elle, derrière elle. M’immisçant à l’intérieur d’elle. Que fera-t-elle ? Dira-t-elle ? Quel son produit-elle quand elle jouit ? Est-ce que, comme la plupart des femmes, elle perd une partie de son âme dans le sexe ? La laissant là pour qu’on la lui prenne? Merde.

- Puis-je entrer ?

 

Je ne souris pas. Mes sourires n’apaisent pas les gens.

- Je n’aurais pas été aussi loin.

 

Ses yeux sont verts, en colère. Ses tétons sont durs. Le désir est absurde. Il frappe dans les moments et les endroits les plus étranges. Elle ne s’en aperçoit pas. Elle a érigé entre nous un mur de protection fait de mensonges et de convenances. Je méprise le genre de femme qu’elle est. Je déteste sa douce innocence rose. Mon corps n’est pas d’accord. Je me demande pourquoi elle ? Et pourquoi pas, dites moi, pour tout ce que nous avons en commun ? Elle n’est que chiffons et fanfreluches. Moi, je suis de l’acier tranchant et un pur sauvage. Je n’ai jamais été attiré par mon contraire. J’aime ce que je suis.

- Vos tétons sont durs, murmurai-je, lui laissant le choix d’entendre ce que je venais de dire ou de faire semblant de n’avoir rien entendu.

 

Elle cligne des yeux, secoue la tête.

 

- Qu’avez-vous dit au réceptionniste ?

 

Ah, les oreilles humaines sont dotées de formidable filtres.

- Que j’étais votre frère.

- Bien trouvé. La ressemblance physique entre nous est frappante !

 

Le lacet de son haut de nuit s’agite à chaque respiration qu’elle prend. Elle tente de dissimuler le fait qu’elle tremble. Je jette un coup d’œil à la minuscule chambre par-dessus elle. C’est un peu mieux qu’une chambre de motel que l’on doit quitter à heures précises pour le prochain client. Ça me prendra peu de temps pour prendre ce pour quoi je suis venu. Les affaires avant tout.

 

- Et bien, mademoiselle Lane ?

- Je réfléchis.

- Ne vous torturez pas trop.

- Fichez moi la paix.

- Vous avez jusqu’à trois ensuite je pars. Deux.

- Oh, c’est bon, entrez, dit-elle sèchement.

 

Je me permets de sourire uniquement parce qu’elle a refermé la porte pour ôter la chainette et qu’elle ne pouvait pas me voir. Elle ouvre la porte puis recule. Je trouve en cet instant-là qu’il y a peu de différences entre une porte qu’on libère de sa chaine et une femme qui écarte les jambes. C’est comme si elles n’avaient jamais la possibilité de ne laisser qu’une seule entrée accessible. C’est une maladie que l’on appelle espoir. Ce dont souffre grandement les femmes.

Elle ouvre la porte en grand. Croyant que ça la sauverait en cas de danger. J’entre dans la pièce. Je ne prends pas la peine de fermer la porte. Je la fermerai plus tard. Elle fait disparaitre un soutien-gorge à fleurs sous le lit d’un coup de pied. J’en verrai davantage avant de partir.

 

- Alors de quoi s’agit-il ?Non, attendez. D’abord, je veux savoir comment ça s’écrit.

 

Je fais quelques pas autour d’elle. Elle pivote au même rythme que moi, ne désirant pas me tourner le dos. De toute façon je l’aurai de dos. Et cela dans toutes les positions.

- S-I-N-S-A-R.

- Sinsar ?

- Shisa. Shisadoo.

 

Je continue de lui tourner autour. J’aime la façon dont son corps bouge. Si elle baissait les yeux, elle verrait que mon manteau est ouvert et que mon costume n’arrive pas à dissimuler mon érection. Elle ne me quitte pas des yeux. Peu de gens s’attardent à me fixer du regard.

 

- Il n’y a aucun rapport entre l’orthographe et la prononciation ! Et le doo, comment l’écrivez-vous?

 

Je cesse de marcher, faisant face à la porte. Elle s’arrête à son tour, dos à la porte. Trois pas nous séparent. Je peux sentir ce qu’elle ressent. Son odeur.

- D-U-B-H.

-Dubh ? Et ça se prononce doo ? Et les pubs ? Il faut les appeler des poo ?

- Dubh est un mot gaélique, mademoiselle Lane. Pub vient du latin.

- Ça va, je plaisantais ! Chez nous, on appelle ça de l’humour.

- Et chez nous, on ne plaisante pas avec le Sinsar Dubh.

- Vous m’en direz tant ! Alors quel est donc cet objet avec lequel on ne rigole pas ?

 

Une insouciante. Elle n’a rien à faire ici. Fio avait raison.

Ce serait un acte charitable, Jéricho. Tue la rapidement avant que l’un des autres ne la torture pendant des jours puis ne l’égorge.

Est-ce que j’ai l’air d’avoir Pitié comme deuxième prénom ?

Fais le pour moi, Jéricho. Je ne peux supporter l’idée de ce que l’un des autres lui fera.

L’un des leurs ? Ou moi, Fio ? Laquelle de ces choses t’est insupportable ?

J’ai vu ton regard, Jéricho, comment peux tu désirer cette espèce de…de…d’enfant stupide, sans esprit ? Que pourrait-elle t’apporter ?

 

- Trop longtemps, dis-je . Fiona était restée trop longtemps avec moi.

 

- Quoi ? Dit-elle sans comprendre le sens de ce que je venais de dire à voix haute.

 

Soudain, je suis furieux que Mackayla Lane soit venue dans ma ville, en pensant jouer dans la même cour que moi et avec moi, faire d’elle-même mon problème par tous les moyens.

- Rentrez dans votre pays, mademoiselle Lane. Marriez-vous tant que vous êtes fraîche, faites des enfants et vieillissez tranquillement auprès de votre gentil play-boy.

- Épargnez-moi vos sarcasmes, monsieur Barrons, et répondez à ma question.

- Si vous insistez…Mais entre nous, je vous le déconseille fortement.

- J’insiste.

- Je vous donne une dernière chance.

 

Une dernière chance pour pleins d’autres raisons.

 

- Gardez-la. Dites moi de quoi il s’agit ?

 

De toute façon je mentais. Sa dernière chance était passée dès qu’elle m’avait laissé entrer. Elle mettait les pieds là où je voulais qu’ils soient.

- Le Sinsar Dubh est un livre.

- Ce n’est qu’un bouquin? Rien de plus ?

- Au contraire, mademoiselle Lane. Le Sinsar Dubh est tout sauf un simple livre. Il s’agit d’un manuscrit que de nombreuses personnes recherchent. Certaines d’entres elles seraient même prêtes à tuer pour la posséder.

- Faites-vous partie de ces gens-là ?

- Oui. Qui ou quoi ce soit ayant été sur mon chemin a été supprimé. Je l’ai toujours fais. Je continuerai de le faire. Envisagez-vous de rentrer chez vous, à présent ?

- Moins que jamais.

- Alors, c’est dans un cercueil qu’on vous renverra dans votre pays.

- Encore des menaces ?

- Je n’ai pas dit que je me chargerais personnellement de vous éliminer.

- Qui le fera, alors ?

- J’ai répondu à votre question ; à votre tour maintenant. Que savez-vous exactement du Sinsar Dubh, mademoiselle Lane ?

Je pourrais utiliser le pouvoir de la voix sur elle, la forcer à me dire tout ce qu’elle sait. Ce serait amusant.

 

- Ma sœur était étudiante à Dublin. Elle a été tuée il y a environ un mois. Juste avant sa mort, elle a eu le temps de me laisser un message sur mon téléphone portable, où elle me disait que nous devions trouver le Sinsar Dubh.

- Pour quelle raison ?

- Elle ne l’a pas précisé. Elle a juste ajouté que c’était une question de vie ou de mort.

- Faites-moi écouter cet enregistrement.

- Je l’ai effacé par erreur.

 

Elle détourne le regard.

 

- Ne mentez pas. Vous n’auriez pas été aussi négligente avec le dernier message d’une sœur que vous aimiez au point de risquer votre vie pour accomplir ses dernières volontés. Je veux savoir exactement ce qu’elle a dit. Si vous n’êtes pas avec moi, mademoiselle Lane, vous êtes contre moi. Sachez que je n’ai aucune pitié pour mes ennemis.

- Les enquêteurs qui sont sur l’affaire ici à Dublin, ont réalisé une copie de cet appel. Ils recherchent l’homme avec qui elle dit avoir eu une liaison.

 

 

De nouveau ses yeux se détournent.

 

- Donnez-moi votre téléphone.

- Hors de question. Mais je le mettrai en haut-parleur.

 

Elle enclenche le message. Son regard ne quitte pas mon visage. Les choses que je pourrais lui apprendre…du moins si elle a la force d’y survivre.

 

- Connaissiez-vous ma sœur ?

 

Je secoue la tête.

 

- Vous cherchiez tous les deux ce manuscrit, et vos chemins ne se sont jamais croisés ? J’ai du mal à le croire !

- Plus d’un million de personnes vivent à Dublin, sans compter celles qui y viennent chaque jour pour se rendre à leur travail et le flots de touristes, mademoiselle Lane. Ce qui serait curieux, c’est que j’aie rencontré votre sœur. Que voulait-elle dire par « tu ne sais même pas qui tu es » ?

- Ça, c’est la question à mille dollars ! Le problème, c’est que je n’en ai pas la moindre idée.

- Vraiment ?

- Puisque je vous le dit !

- Hum…C’est tout ce qu’elle vous a laissé ? Un message ?

 

Elle hocha la tête en signe d’acquiescement.

 

- Rien d’autre ? Pas de lettre ni de paquet ?

 

Elle secoue la tête. Je scrute son regard. De l’hilarité s’y trouve pourtant profondément caché. Elle se moquait tout simplement de moi. Ma queue se durcit encore.

- Et vous ne saviez pas ce qu’elle entendait par Sinsar Dubh ? Elle ne se confiait jamais à vous ?

- Si ! Enfin, c’est-ce que je croyais. Apparemment, je me trompais.

- Qu’entendait-elle pas « eux » ? De qui s’agit-il ?

- J’espérais que vous pourriez m’éclairer sur ce point, monsieur Barrons.

- Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis pas l’un d’entre eux, si c’est à cela que vous pensez. Bien des gens, des groupes comme de individus, recherchent le Sinsar Dubh. Moi aussi, mais je travaille seul.

- Pourquoi le voulez-vous ?

- Parce que c’est une pièce unique. Quoi de plus excitant pour un bibliophile comme moi ?

- Vous le désirez au point de tuer pour l’avoir ? Belle mentalité ! Et en admettant que vous le trouviez, qu’en ferez-vous ? Le vendrez-vous au plus offrant ?

- Je ne vous demande pas d’approuver mes méthodes.

- Ça tombe bien, je n’en avais pas l’intention.

- Avez-vous d’autres informations à me communiquer, mademoiselle Lane ?

- Aucune.

 

Elle désigne la porte du menton.

Je ris.

- Dois-je comprendre que vous me congédiez ? Il y a bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé !

Laissons-la croire que je m’en vais. Il est temps de fermer cette porte. Je suis presque à sa hauteur et bientôt arrivé à la porte quand je l’attrape, la retourne pour plaquer son dos contre moi. L’arrière de sa tête se cogne contre ma poitrine. Ses mâchoires s’entrechoquent. Une vague protestation sans mot sort de sa bouche puis s’ensuit un son plus guttural loin de la contestation. Je passe un bras sous ses seins. Je peux sentir quand une femme à envie de se faire prendre. Je l’ai senti dans ma boutique. Je le sens maintenant. Elle ne peux s’en apercevoir par elle-même, ni voir ce que je ressens, et encore moins admettre ce qu’elle veut. Mais son corps lui sait ce qu’elle ressent. Le désir se trouve dans le sang. Pas besoin de raisonner avec la tête ou le cœur. Sa peau est douce et rose. Son sang est en ébullition.

 

- Qu’est-ce que vous faites ?

- Vous avez besoin d’un foutu manuel pour le savoir ?

Je me presse brutalement contre ses fesses.

 

- Vous vous fichez de moi ! Vous n’êtes absolument pas mon type et vous êtes…vous êtes…d’abord, quel âge avez-vous ? Beurk !

- Votre odeur me raconte autre chose.

J’inspire. Le fait d’être près d’elle la rend encore plus sucrée.

 

- Mon odeur ? Comme si vous croyez pouvoir la sentir - vous pensez que je…Oh ! Lâchez-moi ! Maintenant ! Lâchez-moi ! Je vais crier.

- Vous allez sans aucun doute finir par crier. Je vous le promets.

Son mon bras, son cœur s’affole, sa respiration est rapide et hachée.

A cause de l’excitation sexuelle, les lignes de son corps se modifient, les faisant fusionner en de nouvelles lignes contre les miennes. Quand une femme veut se faire prendre, sa colonne vertébrale se transforme, la base s’assouplit de façon imperceptible, la courbure du bas des reins s’accentue. Les seins durcissent et pointent, la déclinaison de la mâchoire change, tandis que la bouche se prépare et les muscles se contractent. J’ai étudié les humains durant une petite éternité. L’intention guide chacun de leurs mouvements. C’est une carte routière pour leur navigation intérieure, plâtrée sur chaque parcelle de leur peau. Les humains sont nés pour être esclave.

 

- Vous vous faites des illusions. Je ne vous désire pas. Sortez de ma chambre.

- Pour que vous puissiez vous trainer jusqu’à votre lit, pleurer votre sœur perdue et broyer du noir sur votre propre incompétence ? Pour que vous griffonniez vos stupides complots et plans de vengeance ? Vous ne savez même pas ce que signifie ce mot.

 

Mais elle pourrait apprendre.

- Êtes-vous tellement pressée de vous retrouver seule avec votre chagrin ? Est-il un si bon amant que ça ? Quand est-ce la dernière fois que vous avez pris votre pied dans une bonne partie de jambes en l’air sauvage, mademoiselle Lane ? L’avez-vous déjà fait ? Je pense que ça a toujours été doux, agréable et décent et quand c’était fini, vous restiez-là allongée en vous demandant pourquoi on en faisait toute une histoire.

- Vous êtes fou ! Vous le savez, n’est-ce pas ? Vous un véritable malade complètement dérangé. Comment osez-vous venir ici en étant brutal, en me menaçant et vous fichez de moi puis essayer de coucher avec moi ? Moquez-vous plutôt du sexe parfaitement bon !

-Je n’ai aucun désir de coucher avec vous. Je veux vous baiser. Et le sexe parfait n’existe pas. S’il est « parfaitement bon », me moquai-je d’une voix de fausset, il devrait être implanté dans les esprits et couper tout le monde de sa souffrance. Le sexe vous fait prendre votre pied sinon ce n’est pas suffisant. Vous voulez prendre votre pied avec moi, mademoiselle Lane ? Allez-y. Faites-le. Soyez une vilaine fille.

 

Son corps entier se met à frissonner entre mes bras.

 

- Je ne vous aime même pas.

- Je ne vous aime pas non plus. Mais ma queue est raide et vous mouillez.

- Vous ne pouvez pas savoir ça !

 

Ma main descend jusqu’au premier bouton de sa braguette.

- Vous voulez que je vous le prouve ? Si vous continuez à mentir, vous ne me laissez pas d’autre choix.

Je libère le premier bouton, puis le deuxième. Sa colonne se transforme contre moi, elle s’assouplit encore et sa courbure se prononce davantage. Le corps humain est extraordinaire.

- Êtes-vous en train de mouiller, mademoiselle Lane ? Oui ou non ?

Comme elle ne répond pas, je détache le troisième bouton.

- Faisons un marché. Je vérifie et si vous n’êtes pas mouillée, je partirai.

 

Elle siffle.

-Répondez à la question.

- Ce ne sont pas vos affaires.

- Dites moi d’arrêter.

Je libère le quatrième bouton. Il n’en reste plus qu’un.

- Je vous déteste.

- Je peux vivre avec ça. Vous êtes vous faites prendre après le meurtre de votre sœur ? Laissez-vous aller, mademoiselle Lane. Pour une fois dans votre petite vie définie, abandonnez vous au désir.

Tout à coup elle se fige dans mes bras. Elle recule à l’aide de ses hanches, se tord et se retourne dans mes bras, elle frappe ma poitrine avec ses mains et me met un coup de genou dans les bijoux de famille. Ou plutôt essaya. Je pare le coup d’un genou à la dernière seconde.

 

- Vous ne savez rien à propos de moi !

 

Sa poitrine se soulève et s’abaisse, son pouls pulse à tout rompre au niveau de sa gorge.

- Je vous connais mieux que ceux que vous appelez vos meilleurs amis. Je vous vois.

- Ah oui ?

Sa mâchoire se profile. Quelque chose s’illumine au fond de ses yeux. Je me fige. Qu’est-ce que c’était ? Quelque chose de bien différent face à ce qu’elle montre en réalité. Je ne m’étais pas attendu à ça. Intéressant.

- Qu’est-ce que vous pouvez bien voir ? Dit-elle presque hargneusement.

- Une femme vivant toute sa vie enfermée dans une cage. Elle déteste ça. Vous vous ennuyez dedans, n’est-ce pas ? Vous attendez que la vie s’anime. Et quand cela arrive, la vie vous enlève ce que vous aimez le plus. Alors reprenez-vous. Explosez. Déchainez-vous. Libérez-vous.

 

Elle me regarde fixement, s’humidifie les lèvres.

- Criez. Jurez. Enragez. Défoulez-vous sur moi.

 

Je me rapproche, la saisis brutalement entre les jambes, la masse avec les paumes de mes mains. La chaleur qui se dégage d’elle est surprenante.

- Dites moi d’arrêter.

 

Elle ne bouge pas pendant un moment. Finalement elle secoue la tête.

Je ris. Je fourre ma main dans sa culotte, le dernier bouton se détache et atterrit sur le sol avec fracas, je la pénètre avec mon doigt et ses genoux se dérobent sous elle tandis qu’elle lutte violemment contre moi. Elle est plus que mouillée, nous tombons ensemble sur le sol.

 

- J’en ai marre de me sentir comme ça, siffla-t-elle. Je déteste ma vie. Je déteste tout ce qui va avec.

 

Elle m’étrangle avec ma cravate, maladroite dans sa hâte pour me l’enlever. Vivant encore dans le monde où les hommes se déshabillent entièrement, et où les femmes s’allongent et attendent. Seul deux choses ont besoin d’être mise à nue.

 

- Au diable la cravate. Défaites mon pantalon.

Elle tire si brutalement dessus pour l’ouvrir qu’elle casse la fermeture de mon costume à dix mille dollars. Je la prends par la taille de son jean et le luit ôte. Je la pousse à nouveau ventre-à-terre sur le sol.

- Restez comme ça. Je vous veux dans cette position.

-Mais vous aviez dit que je pourrais…

- Quand ce sera votre tour.

- C’est à moi de me défouler, vous vous rappelez ? C’est-ce que vous avez dit. Je veux faire ce que je veux maintenant.

- Essayez, mademoiselle Lane, essayez simplement.

Pour son mérite, elle tente de prendre le dessus. Mais je suis plus fort qu’elle. C’est moi qui gagne le premier tour, ce qui n’a pas l’air de l’ennuyer plus que ça avec les bruits qu’elle émet. Un poing dans ses cheveux, je lui écarte les jambes en grand alors qu’elle commençait à le faire d’elle-même, la presse à plat sur le sol. Plus tard je la prendrai à quatre pattes. Maintenant j’ai besoin qu’elle se tienne immobile pour que je la garde. Je m’engouffre en elle et un son étranglé s’échappe de sa bouche. Mouillée alors qu’elle n’était pas censée l’être, je m’enfonce à l’intérieur d’elle. Tous deux se mettent à haleter. Elle arque son cou et hurle. Je me fige un instant. Bouger fouterait tout en l’air.

Elle remue en dessous de moi.

 

- Bougez, espèce de salaud.

- Quand je serais prêt.

 

Je plaque mes mains sur ses côtes. Elle ne se laisse pas faire. Elle sera recouverte de bleus au matin. Je fais remonter à la surfaces quelques souvenirs détestés. Mon sang se fige. Ma queue s’allonge encore. Je commence à bouger, perdant la notion du temps. Quatre heures me semblent quatre minutes. Pour quelque chose d’aussi doux, elle y va brutalement avec un côté tordu. Je la goûte. Je pourrais l’avaler vivante. Elle prend ma queue dans sa bouche. Je referme mes mains sur sa tête. Je ne serais peut-être pas capable de la laisser partir. En sueur, je la souille de respect. Ou plutôt je la respecte en la souillant. Chaque. Partie. De. Son. Putain de corps. Elle aime ça. Rien ne retient cette femme. Je n’aurais pas cru ça d’elle. Et elle finit par crier.

Des heures plus tard je roule sur le dos, croise les bras sur ma tête et la laisse se déchainer sur moi. Et pas qu’un peu.

Sa tête est rejetée en arrière, son dos est courbé, elle ne se soucie pas des règles, de l’ordre moral, de tout sauf ses besoins intérieurs.

Je pars juste avant le lever du soleil.

Arrivé à la porte, je me retourne puis la regarde. Ensuite je secoue la tête. Elle est de dos. Elle a enroulé un drap autour d’elle.

- Mac.

Elle se retourne doucement et je dis merde entre mes dents. Elle est déjà en train de changer. Ça a débuté quand je commençais à me rhabiller. Sa transformation est presque terminée. Ses yeux sont différents. Méfiants, réservés, teintés avec l’émotion humaine que je méprise le plus : le regret. Je m’étais trompé. Elle n’était pas prête. Pas encore.

Aux environs de midi, elle me détestera. Au soir, elle se sera convaincue que je l’ai violé. Le lendemain, elle se détestera.

Je traverse la pièce, lui plaque une main sur la bouche et l’écrase au milieu de la poitrine avec mon bras, lui compressant les poumons pour qu’elle ne puisse reprendre sa respiration. Elle vit selon mon jugement. Je peux lui prendre sa vie. Je peux la lui redonner. Je me demande, alors que Mackayla Lane est acculée contre le mur, sans défense, ayant enduré plus qu’il n’en fallait, ce qu’elle pourrait bien devenir.

Je pose mes lèvres sur son oreilles. Mes mots sont doux.

- Rentrez chez vous, mademoiselle Lane. Vous n’avez rien à faire ici. Ne mêlez pas les Gardai à tout ceci. Cessez de poser des questions. Oubliez le Sinsar Dubh, ou vous quitterez Dublin les pieds devant. Voilà des années que je traque le Sinsar Dubh. Je ne laisserai personne s’interposer entre lui et moi et risquer de tout faire échouer au dernier moment. Apprenez qu’il y a deux sortes de personnes, dans ce bas monde. Celles qui survivent à n’importe quel prix, et celles qui n’ont pas la force de lutter : les victimes.

Je lèche la veine qui pulse sur le côté de son cou. Son cœur bat comme celui d’un lapin effrayé. La peur ne m’excite pas. Pourtant ma queue est encore tellement dure que ça en fait mal. Je devrais m’arrêter là. L’égorger, l’abandonner ainsi dans son minable, petit appartement. Peut-être demain la tuerais-je ? Peut-être l’enchainerais-je dans ma librairie quelque temps ? Si elle reste, je ne serais pas responsable de ce qui pourrait lui arriver.

- Vous faites partie de la seconde catégorie, mademoiselle Lane. Vous n’êtes qu’un agneau dans une ville de loups affamés. Je vous donne jusqu’à demain soir, vingt-et-une heure, pour quitter le pays et ne plus jamais croiser ma route.

Je la libère, elle s’effondre sur le sol.

Ensuite je me penche vers elle, lui touche le visage, murmure les mots anciens d’un sort druidique et quand j’ai fini, la seule chose qu’elle retienne de cette nuit est une discussion et des menaces. Elle ne se rappellera jamais que cette nuit elle m’avait appartenue.

 

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Alors, Mme Moning, vous avez eu ce que vous vouliez. Était-ce bon pour vous ? Idiote idéaliste. Vous me faisiez confiance pour que je vous donne des mots. Maintenant vous avez le même problème que ceux qui réclament des mots.

Est-ce la vérité ?

Ou bien un mensonge ?

 

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Le lien vers l'extrait vo : http://www.karenmoning.com/kmm/jzbscene.html

 

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Paru aux Éditions J'ai lu  :

 

   

 

  À paraître :

 

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