Even dead things feel your love, de Mathieu Guibé

Publié le par Littérature Fantastique

Even dead things feel your love

de Mathieu Guibé




Résumé :

Au terme de votre vie, à combien estimez-vous le nombre de minutes au cours desquelles vous avez commis une erreur irréparable ? De celle dont les conséquences régissent d’une douloureuse tyrannie vos agissements futurs jusqu’au trépas. Mon acte manqué ne dura pas plus d’une fraction de seconde et pourtant ma mémoire fracturée me renvoie sans cesse à cet instant précis tandis que la course du temps poursuit son inaltérable marche, m’éloignant toujours un peu plus de ce que j’ai perdu ce jour-là. Je me demande si notre dernière heure venue, les remords s’effacent, nous délestant ainsi d’un bagage bien lourd vers l’au-delà ou le néant, peu importe. Puis je me souviens alors qu’il s’agit là d’une délivrance qui m’est interdite, condamné à porter sur mes épaules ce fardeau à travers les âges, à moi qui suis immortel.
L’amour ne devrait jamais être éternel, car nul ne pourrait endurer tant de douleur.


Editions : Chat Noir
Date de parution : mars 2013

***



Avis de Line :

Je m’attendais à aimer ce récit vu combien le résumé m’attirait et combien j’avais été enthousiasmée par l’extrait que j’avais eu l’occasion d’entendre en direct, en novembre dernier. Mais j’étais loin de me douter que j’allais si facilement me plonger dans cet univers où le sang coule à flots. Cette lecture fut très agréable et j’en viens presque à regretter de n’avoir pas pris le temps de la faire durer un peu plus.
Tout d’abord, je dois par honnêteté préciser que je ne suis pas du tout une habituée aux univers gothiques classiques. euh... Si je ne me trompe pas, « Les larmes rouges » de Georgia Caldera est le seul livre du style, que j’ai lu. Je ne m’aventurerai donc pas à faire des comparaisons avec les piliers du genre. Pour ceux qui seraient dans le même cas que moi, sachez que, bien que Georgia ait écrit la préface de ce one-shot, les deux histoires ne se ressemblent en rien, et l’originalité (et l’effet de surprise qui va de paire avec elle) est intacte. On va de rebondissements en rebondissements, pas toujours heureux, pas toujours dramatiques, mais tout le temps assez inattendus. De temps en temps, on croit deviner les grandes lignes de l’histoire mais la désillusion vient très vite. Ce vrai faux suspense (comprenez comme vous le voulez cet oxymore basique) peut rendre fou : on est tout le temps dans l’attente, et puis tout d’un coup, bam !, un épilogue ! Oui, vous avez bien lu, il y a plusieurs épilogues dans ce roman. Il est divisé en plusieurs parties qui obtiennent chacune une fin. C’est dès lors d’autant plus difficile de deviner la suite des événements. Le récit se voile de mystères et d’incertitudes quant à son dénouement. J’ai énormément apprécié la façon dont l’auteur, Mathieu Guibé, manipule son lecteur (sans le montrer ouvertement). Il capte son attentionpar l’histoire qu’il nous propose et sa façon de nous la présenter, mais aussi par son écriture soutenue, appropriée, travaillée, et très agréable à lire. Je serais vraiment curieuse de lire un autre de ses récits pour voir si cette façon d’écrire était spéciale pour ce roman ou si elle est tout à fait habituelle pour lui. En effet, le roman est écrit à la première personne, avec comme narrateur un personnage principal masculin (que cela fait du bien de lire un récit vampirique sous ce point de vue pour une fois) qui a grandi au début du XIXe siècle. La façon de parler de l’époque aide grandement à s’immiscer un peu plus dans la tête du personnage et à le comprendre. Josiah est un excellent personnage et c’est un délice de lire ses pensées. Mais j’y reviendrai plus tard.

Je parle, je parle, et je ne vous ai toujours pas parlé du contenu du roman ! xd
Josiah est un vampire classique : il tue des humains pour se nourrir, il brûle au soleil, il hypnotise ses victimes. Il décide de quitter Londres qui est passée du statut de terrain de chasse idéal à celui d’endroit un peu trop public, à cause des grands progrès industriels. De plus l’Exposition Universelle va arriver, avec son lot de foule dangereuse et de chasseurs de créatures nocturnes. Il décide donc de retourner vivre à la campagne, dans l’ancienne demeure de ses ancêtres. Il est bien décidé à faire profil bas pendant un temps, mais sa rencontre avec la belle Abigale va balayer toutes ses bonnes résolutions. Est-il possible pour un monstre d’éprouver des sentiments ?
Il n’y a aucune mièvrerie, on explore plutôt les sentiments autour des thèmes de la monstruosité, de la mort, de la vieillesse, du temps. Ce côté un peu philosophique empêche le récit d’être creux : il y a une réelle réflexion à tirer derrière, et c’est ce qui fait sa richesse. L’auteur nous apporte une nouvelle définition de la sentence « l’amour est éternel » : l’éternité n’est vraiment pas une partie de plaisir pour Josiah. Quant à Abigale, ce n’est que petit à petit qu’on comprend son mode de pensée : ses réactions agacent parfois, mais au fond, et c’est ça le plus terrible, on sait tous très bien qu’elle a raison.
Au fil du récit, on passe par divers paysages, diverses ambiances, divers morceaux de vie. J’ai adoré voir le Londres de l’époque. Love C’est vraiment je crois ce que j’ai le plus aimé dans le récit et qui m’a donné un coup de cœur. L’auteur a réussi l’exploit de nous transporter lors de ce moment historique : on sentait à travers les pages cette foule émerveillée face à la modernité ! Cela a dû demander bien des heures de recherches ! C’est vraiment mon passage favori. Mais les autres scènes était tout autant réalistes (avec l’ajout d’un petit côté tragique toutefois) : l’auteur ne craint pas de choquer par des scènes de torture ou de meurtres sanguinaires. [...] Son personnage assume (ou pas… c’est peut-être là tout le nœud du problème) ce qu’il est et oblige le lecteur a lui-aussi repousser ses limites quant à l’endroit où placer la limite de la morale. Si vous détestez les personnages héroïques, ou au contraire trop mauvais, vous allez être servis avec Josiah : munissez-vous d’un esprit ouvert ! Quoique… à la réflexion… est-il si différent de nous ?
Pour terminer, je voudrais souligner combien le titre est bien choisi. Rose J’ai lu qu’il vient d’une chanson (que je ne connais pas par contre), mais il s’accorde vraiment bien avec le roman. Comme cela se passe en Angleterre et qu’il s’agit d’une citation, il aurait été dommage de le traduire.

Bref, c’est le type de bouquin qui vous relisez sans problème plusieurs fois ! Sourire

Ma note : 5

P.S. Merci aux éditions du Chat Noir et à Mathieu Guibé pour l'exemplaire ! Sourire

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